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J'ai un gros dilemme : voilà exactement le genre de livre de Stephen King que l'on ne peut qualifier autrement que par le terme 'mineur', mais je ne peux m'empêcher de l'adorer. Malgré tout, je ne peux pas lui donner une note supérieure à 6 sur 10, soit un poil de Q au-dessus de la moyenne, parce que, malgré le fait que j'adore ce roman, je sais qu'il ne le mériterait pas. Ce roman, c'est Cellulaire, Cell en anglais, et il date de 2006. Quand il est sorti, il a fait parler de lui, parce que si l'on excepte les trois derniers tomes de La Tour Sombre (2003, 2004 et 2004) et le petit roman Colorado Kid sorti directement en poche (2005 aux USA), il s'agira du premier roman de King depuis Roadmaster, de 2003 (sorti en 2004 chez nous). Et le recueil de nouvelles Tout Est Fatal de 2002 (sorti en 2003 chez nous). Entre 2003 et 2004, King ne s'est en effet consacré qu'au bouclage (enfin, dirent les fans) de sa saga de fantasy, et il ne se remettra à l'écriture de romans autres que ceux de la saga qu'une fois la saga achevée. Cellulaire est un petit King, petit par la taille (400 pages en grand format) et petit par l'ambition : ce roman est en effet du total rentre-dedans, écrit en hommage aux films de zombies de George A. Romero (le roman lui est dédié, King et lui sont amis), certains n'hésiteront pas, d'ailleurs, à trouver de grosses ressemblances entre ce roman et le film de Romero Land Of The Dead sorti un peu avant. Surtout le look du 'meneur' des zombies, un colosse Black.

L'histoire : Clayton 'Clay' Riddell est un jeune dessinateur de BD talentueux et apparemment voué à un bel avenir dans le milieu : il vient, à Boston (il est originaire du Maine), de signer un contrat pour une série de BD de type fantasy qu'il a imaginé, et décide de fêter ça par une petite glace. Pour commencer. Mais alors qu'il s'apprête à prendre sa commande au camion du glacier, des personnes autour de lui, se mettent à agir bizarrement, à gueuler, s'attaquer mutuellement (jusqu'au sang), s'entretuer, des scènes de chaos se répandent un peu partout dans Boston : des voitures se rentrent dedans, etc. Clay et un homme du nom de Tom McCourt, rencontré sur place, ne semblent pas en proie aux mêmes crises que la majorité des gens, et se rendent très rapidement compte que les téléphones portables semblent être la source de ces crises : comme si une sorte d'impulsion, issue des cellulaires, avait déclenché ces crises et fait revenir les victimes de l'impulsion au temps de l'âge de pierre, les transformant en zombies vivants. Clay, Tom et une adolescente du nom d'Alice, ainsi que d'autres personnes n'ayant pas de portables sur eux, prennent ainsi la route, dans un monde qui, de surévolué et moderne qu'il était, est devenu, en quelques heures, un enfer post-apocalyptique rempli de fous furieux décérébrés, que Clay va rapidement surnommer les si-phonnés : l'immense majorité des gens ayant, sur eux, un ou plusieurs téléphones portables, en ce XXIème siècle...

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Cellulaire ne s'embarrasse pas de psychologie, le roman, constitué de (parfois longs) chapitres divisés en sous-chapitres (il y en à une dizaine ; une fois le troisième chapitre passé, on a lu plus de la moitié du roman, 250 pages sont passées ; les chapitres restants, donc, sont parfois très courts), est de facture classique, des survivants errant sur la route, tentant d'échapper aux si-phonnés et, si c'est possible, de trouver un moyen de se barrer de cet enfer (ou alors, si c'est possible, mais ici, c'est clairement du domaine de l'improbable, de retourner la situation, de faire revenir les gens comme avant). Une ambiance post-apocalyptique faisant parfois penser au roman La Route de Cormac McCarthy, en version horrifique, mais ne faisant, en revanche, pas plus que ça penser à celle du Fléau, du même Stephen King. On ne boxe pas dans la même catégorie, bien qu'il s'agisse de deux romans du même auteur (et pour les ressemblances avec le roman de McCarthy, c'est juste pour le côté personnages errant sur la route après une catastrophe apocalyptique, ce qui est mince).

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On tient ici un petit King, ce qui sera d'ailleurs un peu reproché au roman à sa sortie : peu d'ambition dans Cellulaire, juste une histoire basique (même si le thème du portable rendant fou est original et sympa ; King, il est précisé à la fin du livre, ne possède pas de portable, du moins, en 2006 au moment de publier le roman), un roman de plus. King fera mille fois mieux avec ses romans suivants, Histoire De Lisey, Duma Key, Dôme, 22/11/63, Docteur Sleep. On a juste, ici, un livre sympa, alimentaire, à lire pour le plaisir. Rien de bien grandiose, mais rien de honteux non plus. Même sa longueur (400 pages environ) est anodine, King nous ayant habitué à des pavés par le passé (et par la suite). A noter, pour finir, que King organisa, avant l'écriture du roman, une sorte de concours,vente aux enchères sur E-Bay, et le gagnant vit son nom utilisé comme personnage dans le roman, un personnage secondaire, certes, mais immortalisé dans un roman de King, pas mal, comme cadeau. En l'occurrence, il s'agit du personnage de Ray Huizenga. Cellulaire est, donc, un King mineur, je me répète mais qu'importe. Je l'aime cependant beaucoup, il est assez fun, mais ça ne vole pas haut. Bon, de temps en temps, un simple roman horrifique sans autre prétention que de donner du suspense et quelques scènes gore (parfois comico-gore, parfois très sombres), ça ne fait pas de mal, non ? Cellulaire est pile poil ce genre de roman. Ce n'est pas très grave pour King, car au final, des romans aussi alimentaires que celui-ci, il n'en a pas fait des tonnes.

Scènes cultes : L'Impulsion ; tout le segment à la Gaiten Academy ; au lac Kashwakamak

Note : 06/10