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Richard Bachman est mort d'un cancer du pseudonyme en 1985. King a ressuscité son nom de plume occasionnel en 1996 pour Les Régulateurs, faisant passer ce roman fantastique comme un manuscrit retrouvé par la veuve de Bachman dans un carton, et le roman sortira le même jour que Désolation, qui reprend les mêmes personnages (ou presque) et avec une intrigue parfois très proche. Après ce roman, Bachman se 'rendort'...mais King le ressuscite encore en 2007, avec la sortie d'un roman miraculé : Blaze. Court (345 pages en poche), le roman date de 1973, en fait. King le proposera à son éditeur en 1974, en même temps qu'un autre roman qui portait le nom provisoire de Second Coming et sera rebaptisé Salem's Lot, Salem en VF. L'éditeur choisira ce dernier roman, ce que King ne critiquera pas, prétextant que, des deux, c'est aussi son préféré. Blaze, qu'il jugeait en lui-même raté, pompeux, retrouve son tiroir. King l'en sortira quelques années plus tard, le relira...et le refourguera dans son tiroir. Finalement, après l'avoir quelque peu remanié (il le trouvait trop gnangnan), King décide de le commercialiser, en réutilisant le fameux pseudonyme, ce qui ne sert pas à grand chose car on sait tous, depuis une vingtaine d'années, que Bachman, c'est lui. Mais bon. Le roman sort enfin en 2007. Il marchera assez bien. Blaze possède un charme totalement efficace, on sait que ce roman date des années 70, King n'a d'ailleurs pas chercher à le moderniser, il a juste viré des éléments un peu gnangnan (bis repetita) et rendu le tout un peu plus sobre.

Le roman est sous forte influence des romans noirs de Donald Westlake et James D. MacDonald (une citation de ce dernier ouvre d'ailleurs le livre), et, aussi, ça n'échappera à personne, Des Souris Et Des Hommes, ce chef d'oeuvre de John Steinbeck. L'histoire : Clayton Blaisdell, alis Blaze, est un colosse au cerveau ralenti par les torgnoles que son paternel lui filait (un mauvais coup l'a envoyé, enfant, dans le coaltar, le sang n'a pas irrigué son cerveau pendant un temps, et à son réveil, il est devenu un peu lent). Enfance et adolescence difficile, il a vécu dans un pensionnat assez sévère, etc... Il vit de mauvais coups quand il rencontre George, un homme assez fluet, au visage de fouine, intelligent, avec qui il va s'associer pour un coup apparemment fumant : enlever le nouveau-né d'une riche famille du coin, qui vient de naître, et demander une rançon. Mais voilà, George se fait tuer dans un règlement de comptes, et Blaze se retrouve tout seul pour faire le coup, et, ensuite, le coup fait, s'occuper du bébé, s'occuper de la suite du coup (la rançon). Avec la voix de George qu'il entend partout et son cerveau un peu ramolli, plus son physique pas anodin, Blaze risque fort d'avoir des soucis à se faire...

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Ce roman, je l'ai découvert en 2007 environ, et en tout cas, peu de temps avant sa sortie en version française ; ça signifie donc que j'ai découvert Blaze en anglais, ayant d'abord lu le livre dans sa version originale avant de le lire en traduit (ce qui, pour le coup, fut bien des années plus tard, et même, précisément, le mois dernier : j'ai en effet mis un sacré bon bout de temps avant d'acheter le livre en français, non pas que ça ne m'intéressait pas, mais je me disais que compte tenu que je l'ai en anglais, ça ne servait pas à grand chose de le prendre en français). Puis, finalement, je l'ai acheté, en poche ; j'aurais voulu me le prendre  en grand format, mais à part l'acheter sur le net, pas moyen, et compte tenu que j'avais une paire d'exemplaires poche devant les yeux le jour où je me suis enfin décidé...  Le roman, sinon, est remarquable. King en parle peut-être comme d'un livre qu'il a longtemps trouvé mauvais, et pas exempt de défauts, mais, vraiment, Blaze est un petit régal de roman noir, avec un personnage principal assez attachant. Ce Blaze, un peu demeuré suite à de mauvais coups paternels dans son enfance (il en garde aussi un petit trou dans la tête, au niveau du front), qui se retrouve seul suite à la mort de son très futé partenaire et enlève seul un bébé contre rançon, et qui va s'attcher au bébé, bien s'occuper de lui, alors qu'on le traque un peu partout, ce Blaze, donc, très fortement inspiré par le Lennie du roman de Steinbeck cité plus haut, est un sublime personnage assez proche des personnages habituels des romans de Bachman.

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Beaucoup de flash-backs ici, au moins un chapitre sur trois se passe dans le passé : l'enfance/adolescence de Blaze dans le pensionnat, notamment, son amitié avec un garçon mal-aimé car trop intelligent, leur virée à Boston (ils font l'école buissonnière), sa première expérience sexuelle au cours d'un petit job d'été dans une plantation de fruits... Mais une bonne partie du roman se passe, aussi, dans le présent, et au moment où le roman démarre, Blaze est déjà seul, George, son ami et partenaire, étant déjà mort. Mais Blaze est sans arrêt 'harcelé' par la voix de son ami, qui ne cesse de lui dire de se magner, de ne pas déconner, de l'encourager ou de l'engueuler, selon ce qu'il a fait... Avec son ambiance très 'noir' et 70's, Blaze est un petit roman (pas très long) qui plaira aux amateurs du genre, une histoire pleine de suspense, mais aussi très touchante, sur un rapt d'enfant perpétré par un homme au cerveau remarquablement lent, mais parvenant quand même à bien mener sa barque par moments. On a de l'humour (peu, mais quand même), de l'émotion, du suspense, c'est bien écrit... Que demande le peuple ?

Scènes cultes : Blaze face à La Loi ; la virée de Blaze et de John (flash-back) ; l'enlèvemennt du bébé ; Blaze dans le magasin ; le travail saisonnier de Blaze (flash-back)

Note : 08/10