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Stephen King mettra un bon paquet d'années avant de pouvoir enfin faire Dôme, et il en sera de même pour Docteur Sleep, la suite de Shining, longuement attendue, enfin commercialisée en 2013 (chez nous). Il en a été de même aussi pour ce roman, paru en 2013 chez nous (et en 2011 aux USA). Ce roman, un vrai pavé de 935 pages en grand format (et ce n'est pas imprimé en gros caractères !), s'appelle 22/11/63 (titre original : 11/22/63), et si vous vous intéressez un tant soit peu à l'Histoire du Xxème siècle, vous savez ce qui s'est passé à cette date du 22 novembre 1963 (et ce, d'autant plus qu'en novembre dernier, on a célébré les 50 ans de ce drame) : l'assassinat du Président américain John Fitzgerald Kennedy, à Dallas. Ca faisait longtemps (depuis 1973 !) que King voulait faire un roman sur ce sujet, mais il estimera à l'époque que l'événement était encore trop frais dans les mémoires, et il n'avait pas encore suffisamment d'expérience littéraire, voire d'expérience tout court, pour oser un tel livre. C'est vers 2007 qu'il a commencé à sérieusement s'y mettre, et c'est donc en 2011 que le roman sortira aux USA, et marchera très fort.

Stephen King oblige, 22/11/63, tout en étant un roman sur l'assassinat de JFK et l'Amérique des années 50/60, est aussi un roman à part. King utilise ici à très bon escient un thème qu'il n'avait jusque là pas utilisé dans ses livres : le voyage dans le temps. Fourmillant de détails et de personnages, très précis, ce roman laisse tout simplement pantois, d'autant plus qu'il est épais, et se permet même, dans son intrigue, de laisser la place à une belle histoire d'amour. L'histoire : 2011. Jake Epping est un professeur d'anglais (c'est à dire, pour nous, professeur de français, quoi) à Lisbon Falls, dans le Maine. Son vieil ami, Al Templeton, gérant d'une sandwicherie, et très gravement malade (quasiment mourant), lui demande, un jour, de venir le voir, afin qu'il lui parle de quelque chose de très important. Epping accepte, et Templeton lui explique qu'il a découvert, voilà quelques temps, l'existence d'une faille spatio-temporelle, permettant de se rendre en 1958, à Lisbon Falls, toujours le même jour, à la même heure. Et peu importe combien de temps on reste dans le passé, pour le temps présent, l'absence sera toujours de 2 minutes.

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Ne voulant pas croire son ami, Epping est bien forcé d'admettre qu'il dit vrai, expérimentant lui-même la faille. Templeton lui demande, comme un service, d'achever ce que lui, durant ses multiples voyages dans le passé, n'a su faire (la maladie l'ayant rattrapé) : empêcher l'assassinat, en 1963, à Dallas, de Kennedy. Ce qui pourrait totalement changer la face du monde : pas d'assassinat : Lyndon Johnson, son vice-président, ne le remplacerait pas, et, ensuite, ne ferait pas déclencher la guerre du Vietnam (parmi les faits historiques qui pourraient bien ne jamais arriver si Kennedy est sauvé). Ne pouvant rien refuser à son ami mourant, Jake accepte de tenter le coup, même s'il sait qu'il lui faudra rester, dans le passé, plusieurs années (de 1958 à 1963) et qu'il lui faudra, surtout, plusieurs tentatives. Plusieurs années, plusieurs petites vies à vivre dans le passé, sans rien perdre (à part 2 minutes) de la sienne dans le présent, pour le plus grand bien du monde...

Le coup de génie de King, c'est cette histoire de faille temporelle qui ne fait pas perdre de temps réel de vie à la personne l'empruntant : vous pouvez passer 10 ans dans le passé, vous reviendrez toujours 2 minutes après le moment où vous avez emprunté la faille. Un tel procédé est plus original qu'une vulgaire machine à remonter le temps, même maquillée en objet de consommation courante comme dans la fameuse trilogie Retour Vers Le Futur (une voiture, mais à la base, ça devait être un frigo). Ensuite, King en profite pour faire une belle description de la vie dans l'Amérique de la fin des années 50 et du début des années 60, et il se permet même une allusion à Ca : Epping se rend à Derry (ville fictive et lieu de l'action de Ca, action se passant en grande partie en 1958) et rencontre deux enfants, un garçon et une fille, qui lui parlent rapidement. Ces enfants sont Beverly Marsh et Richie Tozier, deux des héros du roman. Et à un moment donné, aussi en 1958 à Derry, Epping, dans un bar, entend parler d'un tueur qui sévirait dans la ville, enlevant des gosses, et qui, selon le barman, serait déguisé en clown !

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Rempli de détails (fourmillant de détails, en fait), sublimement bien écrit, bien documenté (mais prenant pour base le fait que l'assassinat de Kennedy serait surtout l'oeuvre de Lee Harvey Oswald quasiment tout seul, à peine aidé ; tout le côté théorie du complot est un peu oublié en faveur d'Oswald, qui était, après tout, le tireur), rempli de suspense et de personnages magnifiques, et possédant une belle reconstitution d'époque, 22/11/63 est un chef d'oeuvre (de plus). King nous surprend quasiment de roman en roman. Dans le genre, ça sera difficile de faire mieux, Stephen King ayant ici, carrément, écrit LE roman sur les voyages dans le temps. Ainsi qu'un de ses romans les plus passionnants et bluffants, un vrai triomphe de la volonté. 935 pages, certes, et imprimé en caractères de taille plutôt serré (sans que ça soit non plus très serré), mais ça se lit comme une nouvelle de 10 pages tellement c'est bon !

Scènes cultes : Jack lit la rédaction ; Jack découvre l'existence de la faille ; le premier voyage ; toute la section sur les préparatifs ; le retour au présent (dernière partie)

Note : 10/10